Fake news : non, le sucre ne booste pas durablement le moral
Un carré de chocolat après une journée difficile, un gâteau pour se réconforter ou une boisson sucrée pour retrouver le sourire… L’idée selon laquelle le sucre améliorerait notre humeur est largement répandue.
Mais que dit réellement la science ?
Le sucre ne rend pas heureux et n’est pas un antidépresseur. S’il peut provoquer une sensation agréable à court terme, ses effets sur le cerveau et l’humeur sont plus complexes qu’il n’y paraît. Cette croyance est notamment entretenue par la publicité, qui associe fréquemment les aliments sucrés au plaisir, au réconfort et aux moments de partage.
Le sucre agit sur le cerveau… mais son effet est temporaire
Lorsque nous consommons du sucre, notre cerveau réagit rapidement. Le glucose constitue une source d’énergie essentielle pour notre organisme et participe à l’activation des circuits cérébraux liés à la récompense. La consommation d’un aliment sucré peut entraîner la libération de dopamine, un neurotransmetteur impliqué dans la motivation et la sensation de plaisir, ainsi qu’une modulation de la sérotonine, une molécule impliquée dans la régulation de l’humeur.
Cette activation peut donner une impression de bien-être ou de réconfort pendant un court moment. Toutefois, cet effet ne dure généralement que quelques dizaines de minutes.
Le sucre procure donc une sensation agréable immédiate, mais il ne constitue pas une solution durable pour améliorer son moral.
Pourquoi cherchons-nous du sucre lorsque nous sommes stressés ou tristes ?
L’association entre sucre et émotions repose aussi sur notre mémoire et nos expériences. Depuis l’enfance, certains aliments sucrés sont associés à des moments positifs : goûters, anniversaires, récompenses ou moments de partage. Notre cerveau apprend progressivement à relier ces aliments à des sensations agréables. Lorsque nous sommes fatigués, stressés ou confrontés à une émotion négative, nous pouvons alors rechercher ce plaisir rapide.
Un mécanisme peut alors s’installer :
- Émotion négative → envie de sucre → plaisir temporaire → retour des émotions négatives
- Le sucre peut ainsi devenir un aliment « réconfort », mais il ne permet pas de traiter la cause du mal-être.
- Le « coup de boost » suivi du « coup de barre »
Après l’ingestion d’une quantité importante de sucre, le taux de glucose dans le sang augmente rapidement. Pour réguler cette hausse, le pancréas produit de l’insuline, une hormone qui permet au glucose d’être utilisé par les cellules. Lorsque les prises de sucre sont répétées ou importantes, ces variations peuvent entraîner une baisse rapide de la glycémie, parfois appelée « hypoglycémie réactionnelle ».
Elle peut se traduire par :
- une sensation de fatigue ;
- une baisse de concentration ;
- une irritabilité ;
- des envies de consommer à nouveau du sucre.
Ce phénomène explique en partie le sentiment de fatigue ou de baisse de moral ressenti après un aliment très sucré.
Le sucre provoque-t-il une dépendance ?
Le sucre active les circuits cérébraux de la récompense, qui jouent un rôle important dans le plaisir et la motivation. Grâce notamment à des techniques d’imagerie cérébrale comme l’IRM fonctionnelle, les chercheurs peuvent observer les zones du cerveau activées lors de la consommation de sucre.
Ces recherches montrent que le sucre mobilise certains circuits également impliqués dans les addictions. Cependant, il est important de nuancer cette comparaison : les effets du sucre sur le cerveau sont généralement beaucoup moins intenses que ceux observés avec des substances addictives comme certaines drogues.
Les données scientifiques actuelles suggèrent qu’une minorité de personnes seulement présenterait des comportements réellement addictifs vis-à-vis des aliments sucrés.
Le sucre peut donc contribuer à des habitudes difficiles à modifier chez certaines personnes, mais il ne provoque pas une addiction comparable aux dépendances aux substances.
Comment les chercheurs étudient-ils les effets du sucre sur le cerveau ?
Pour comprendre les liens entre alimentation, cerveau et émotions, les scientifiques utilisent plusieurs approches complémentaires :
- L’imagerie cérébrale
- L’IRM fonctionnelle permet d’observer l’activité du cerveau lors de différentes situations et d’identifier les régions impliquées dans les mécanismes de récompense et de plaisir.
- L’étude des neurones
Les chercheurs analysent également l’activité électrique des neurones afin de comprendre comment certaines molécules influencent le fonctionnement du cerveau.
Des travaux récents se sont notamment intéressés au rôle de l’insuline sur les neurones produisant de la sérotonine, une molécule impliquée dans la régulation de l’humeur.
Ces recherches montrent que l’alimentation peut influencer certains mécanismes cérébraux, mais elles ne signifient pas que le sucre puisse agir comme un traitement contre la dépression.
Quels sont les effets d’une consommation excessive de sucre sur la santé ?
Manger occasionnellement un aliment sucré n’est pas problématique : les aliments plaisir peuvent avoir leur place dans une alimentation équilibrée.
En revanche, une consommation excessive et régulière de sucres ajoutés peut augmenter certains risques pour la santé.
Elle peut notamment favoriser :
- Le surpoids
- Les aliments riches en sucres ajoutés apportent souvent beaucoup de calories avec une faible densité nutritionnelle.
- Le diabète de type 2
- Une consommation excessive de sucre peut perturber progressivement la régulation de la glycémie et solliciter davantage le pancréas.
- Les maladies cardiovasculaires
- Un excès de sucre est associé à plusieurs facteurs de risque cardiovasculaire, notamment l’inflammation et l’augmentation de la pression artérielle.
Qu’est-ce qui améliore réellement notre moral ?
Le bien-être psychologique repose sur de nombreux facteurs et ne dépend pas d’un aliment miracle.
Les recherches montrent notamment l’importance de :
- pratiquer une activité physique régulière, qui favorise la libération de molécules impliquées dans le plaisir et la motivation ;
- préserver un sommeil de qualité ;
- maintenir des relations sociales positives ;
- adopter une alimentation équilibrée.
- Les aliments sucrés peuvent rester des plaisirs occasionnels, mais ils ne remplacent pas les facteurs essentiels d’un équilibre psychologique durable.