Les coulisses d'une carrière en recherche
Giani Liti, chercheur Inserm à l'Institut de Recherche sur le Cancer et le Vieillissement (IRCAN), cherche à comprendre les mécanismes par lesquels le matériel génétique d'un groupe génétiquement défini est incorporé de manière permanente dans un autre groupe, à partir d'un hybride ancestral.
En quoi consiste votre recherche ?
« Nos recherches ont des implications pratiques à deux niveaux.
La plupart de nos efforts sont consacrés à la recherche fondamentale et ces découvertes contribuent à une meilleure compréhension de la science, ce qui représente un héritage et une ressource pour la société humaine avec un impact à long terme sur de nombreux domaines tels que la médecine, l'agriculture et l'environnement.
Nous travaillons sur Saccharomyces cerevisiae, un microbe dont les industries biotechnologiques représentent plusieurs milliards d'euros et nos recherches peuvent avoir des applications industrielles directes. »
Qu'est-ce qui vous a initialement attiré vers votre domaine de recherche ?
« Au départ, j'étais curieux des microbes en général, car, bien qu'invisibles à l'œil nu, ils peuvent avoir des effets profonds sur tous les écosystèmes de la planète ainsi que sur les sociétés humaines. Ensuite, j'ai réalisé à quel point les systèmes biologiques sont puissants pour dévoiler les principes de la biologie et comment ils peuvent être utilisés dans des expériences de laboratoire pour comprendre l'évolution. »
Y a-t-il eu un moment particulier dans votre vie où vous avez su que vous vouliez devenir chercheur ?
« Je ne me souviens pas d'un moment précis ; je pense que je devais être jeune puisque parmi les premiers cadeaux de mon enfance, j'ai reçu une boîte de chimie expérimentale et un microscope.
Pendant mon stage de maîtrise d'un an dans un laboratoire en Italie en 1996, j'ai passé de longues journées dans le laboratoire avec de nombreux chercheurs, dont plusieurs revenaient des États-Unis et avaient des histoires fascinantes à raconter. Je me suis dit que j'aimerais bien devenir l'un d'entre eux. »
Ses inspirations
« J'ai rencontré de nombreux scientifiques de renom qui ont été une source d'inspiration. Lorsque j'ai déménagé en Angleterre, j'ai été surpris de constater à quel point il était facile d'interagir avec eux, que ce soit dans le domaine scientifique ou dans la vie de tous les jours. Parmi eux, j'aimerais citer Edward Louis (mon ancien mentor), Sir Alec Jeffreys (qui a découvert l'empreinte génétique) et Richard Durbin (qui a apporté une contribution déterminante à l'analyse du génome). Parmi les jeunes générations, j'aime beaucoup interagir avec Pedro Beltrao et Markus Ralser. »
Récits de Chercheurs
Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?
« Ma principale motivation découle de la curiosité et de l'intérêt que de nombreuses personnes portent à la science.
Il est toujours intéressant de discuter de science avec les gens et de découvrir comment la société perçoit la science et notre travail. »
Partager vos recherches avec les scolaires est-il (ou serait-il) un moyen efficace pour leur donner envie de s'intéresser aux sciences et pourquoi pas s'orienter vers les sciences ?
« La science fascine les jeunes depuis de nombreuses générations et le fait de partager notre travail avec eux est un moyen important d'inciter les élèves à s'intéresser à la science.
De plus, les questions spontanées des écoliers sont à la fois surprenantes et agréables. Il existe de nombreux programmes en France pour assurer ce lien. »
Que diriez-vous à un collègue pour le convaincre de se lancer dans la médiation scientifique
« Discuter de science avec le public est à la fois gratifiant et difficile.
Nous n'avons pas l'habitude d'expliquer notre travail avec des mots simples, et c'est un exercice qui profite aux deux parties.
Personnellement, discuter de science avec le public me fait réfléchir d'une manière différente dans un contexte plus large à mon propre travail. »
Auriez-vous une anecdote à partager en lien avec votre expérience en médiation scientifique ?
« Lorsque j'explique que le point culminant de notre travail consiste à rédiger un article scientifique basé sur les expériences que nous avons réalisées, que cet article est examiné par d'autres scientifiques et qu'il sera finalement publié dans une revue, on me demande souvent combien la revue nous paie pour rédiger l'article. Lorsque j'explique que nous payons les frais de publication, je vois bien qu'ils nous prennent pour des fous... (et ils ont probablement raison). »
Pensez-vous que les décideurs politiques pourraient davantage échanger avec les chercheuses et les chercheurs pour prendre certaines décisions ?
« Je crois que c'est déjà le cas dans notre société. »
L'objet de Giani Liti
Pour sortir des sentiers battus, nous avons demandé à ce chercheur de choisir un objet emblématique de ses études.
Le résultat ? Une boîte de Petri
« J'ai choisi une boîte de Petri contenant un milieu solide avec des colonies de levure.
Cet objet simple est très puissant et a permis la découverte, l'isolement et l'identification de microbes qui ont eu un effet profond sur les sociétés humaines, comme les bactéries mortelles qui peuvent tuer des millions de personnes et les moisissures qui nous ont fourni des antibiotiques permettant de nous sauver des bactéries.
Les levures ont également interagi pendant au moins 10 000 ans avec les sociétés humaines en nous fournissant de la bière, du pain, du vin, etc. »
Découvrez le projet GONG !
Les coulisses d'une carrière en recherche
Éric Lombaert, ingénieur de recherche INRAE dans l'équipe de Biologie des populations introduites àI à l'Institut Sophia Agrobiotech, étudie la biologie évolutive au service de la santé des plantes.
En quoi consiste votre recherche ?
« Je me concentre sur l'étude des espèces envahissantes, dont certaines ont des répercussions significatives sur l'économie, la santé humaine et les écosystèmes.
Comprendre en profondeur les invasions biologiques est crucial pour trouver des moyens de minimiser leurs impacts.
Mes projets se concentrent particulièrement sur l'évolution du "fardeau génétique", offrant des connaissances précieuses dans des domaines où ce fardeau revêt une importance cruciale, tels que la biologie de la conservation et l'étude des espèces domestiquées. »
Qu'est-ce qui vous a initialement attiré vers votre domaine de recherche ?
« Mon intérêt pour la biologie évolutive trouve ses racines dans ma curiosité précoce envers le monde du vivant, une fascination qui s'est développée plus récemment au cours de mes études sur l'histoire des sciences, et une réflexion plus philosophique orientée vers une compréhension approfondie du monde qui nous entoure. »
Y a-t-il eu un moment particulier dans votre vie où vous avez su que vous vouliez devenir chercheur ?
« L'aspiration à m'engager dans la recherche a émergé tardivement, au cours de ma dernière année d'école d'ingénieur. En effectuant un stage de fin d'études au sein d'une entreprise, la découverte d'un ouvrage collectif sur l'évolution, publié par les éditions 'Bibliothèque pour la science', a suscité en moi un vif désir d'approfondir le sujet. La recherche s'est alors présentée comme la voie la plus propice pour atteindre cet objectif. »
Ses inspirations
« Je reste avant tout un scientifique, et mes plus grandes sources d’inspiration à l’origine de mes projets sont les travaux de mes pairs. »
Récits de Chercheurs
Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?
« La communication autour de mes recherches auprès du grand public améliore ma compréhension personnelle en simplifiant des concepts complexes. En outre, j’apprécie de contribuer à sensibiliser la société sur des enjeux significatifs, par exemple en mettant en lumière l'impact crucial de l'activité humaine sur notre environnement. Rendre la science accessible est une source de satisfaction, qui transforme la diffusion de savoir en une démarche enrichissante. »
Partager vos recherches avec les scolaires est-il un moyen efficace pour leur donner envie de s'intéresser aux sciences et pourquoi pas s'orienter vers les sciences ?
« Lorsqu’elle est adaptée au public, je pense que la médiation scientifique peut grandement susciter l'intérêt et l'appétit pour les sciences. Les interactions directes, les démonstrations pratiques et les explications accessibles contribuent à rendre la science plus tangible. »
Auriez-vous une anecdote à partager en lien avec votre expérience en médiation scientifique ?
« J’ai peu d’expérience en médiation scientifique. Toutefois, j’ai le souvenir, lors d’une fête de la science, d’un atelier pendant lequel mon expertise a été largement éclipsée par les organismes que nous présentions. Il s’agissait de larves de coccinelle « chassant » et dévorant des pucerons.
Les images projetées sur grand écran se suffisaient à elles-mêmes, nécessitant peu d'explications de ma part et soulignant la puissance évocatrice de la science visuelle. »
Que diriez-vous à un collègue pour le convaincre de se lancer dans la médiation scientifique
« Je l’encouragerais dans un premier temps à tenter l’aventure, au moins une fois. Je lui rappellerais que la médiation scientifique est une opportunité unique pour démystifier la science et créer un lien avec la société. Ce dernier point est important, car nous travaillons avant tout pour la société. »
Pensez-vous que les décideurs politiques pourraient davantage échanger avec les chercheuses et les chercheurs pour prendre certaines décisions ?
« L'opinion publique exerce un impact significatif sur les décideurs politiques, donc partager des connaissances scientifiques et sensibiliser le grand public peut influencer les orientations de nos sociétés. Toutefois, la médiation scientifique, bien qu'importante, ne peut à elle seule suffire. Elle ne doit faire qu’accompagner un système éducatif performant et impartial. »
L'objet d'Éric Lombaert
Pour sortir des sentiers battus, nous avons demandé à ce chercheur de choisir un objet emblématique de ses études.
Le résultat ? Une plaque de signalisation indiquant la présence de coccinelles
J'ai choisi une plaque de panneau de signalisation "ladybug crossing" pour illustrer comment certaines coccinelles, introduites pour lutter contre les nuisibles, sont devenues invasives et ont pertubé les écosystèmes locaux. Ce symbole reflète l'importance de comprendre le "fardeau génétique" et de minimiser les impacts des espèces envahissantes sur l'économie, la santé et l'environnement.
Les coulisses d'une carrière en recherche
Silvia Marzagalli, enseignante-chercheuse Université Côte d'Azur au Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine et membre honoraire de l'Institut Universitaire de France, travaille sur l'histoire du commerce portuaire en France à la veille de la Révolution. Elle analyse les stratégies marchandes en temps de guerre.
En quoi consiste votre recherche ?
« Je refuse l’injonction (récente) que la recherche doit systématiquement avoir des implications pratiques. Le monde réel, c’est le fruit du passé. J’étudie ce passé sous différentes coutures.
La compréhension du fonctionnement des sociétés du passé n’est pas immédiatement chiffrable de manière utilitaire. Mais elle est indispensable. Une société ou un individu qui ne comprend plus d’où il vient, n’a pas de repères dans le réel. »
Qu'est-ce qui vous a initialement attiré vers votre domaine de recherche ?
« À l’école, j’avais partout de résultats excellents. Choisir c’était donc difficile. J’ai longtemps hésité entre étudier mathématique ou la philosophie, la logique me semblait une clé de compréhension primordiale.
Mais j’ai choisi l’histoire de crainte de perdre le contact avec le réel. La suite s’est faite ‘tout seule’, de fil en aiguille, chaque recherche ouvrant la voie à une question nouvelle, à commencer par ma maîtrise sur Hambourg à l’époque napoléonienne, qui a été choisie car j’ai parlais couramment l’allemand et que j’avais de bons amis à Hambourg… »
Y a-t-il eu un moment particulier dans votre vie où vous avez su que vous vouliez devenir chercheur ?
« Oui, lors de ma toute première heure à la fac ! J’assistais au cours d’histoire moderne de Carlo Capra, qui nous parlais de ses recherches, c’était passionnant, on voyait l’historien procéder comme un investigateur, avec intelligence et méthode.
Je me rappelle encore comme si c’était hier la pensée qui est surgie alors de nulle part. Je me suis dite : c’est là (à sa place, prof de fac, face à des étudiants) que je veux être un jour. »
Ses inspirations
« Ma professeure de littérature et latin au lycée a joué un rôle fondamental : son insatiable curiosité intellectuelle, son humanisme sans faille, sa droiture intellectuelle ont été un phare au milieu de la nuit. Plus tard, ce sont les lectures d’articles et d’ouvrages que j’ai admirés, voire la rencontre avec quelques collègues, qui ont pris la relève. »
Récits de Chercheurs
Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?
« J’appartiens à une génération qui donnait pour acquis que la connaissance du passé était fondamentale. En Italie, on l’enseignait, et très sérieusement, à partir du CE2. Aujourd’hui cela est remis en cause. La relation au passé n’est plus structurante, et il est de la responsabilité des historiens de faire comprendre qu’il est essentiel de savoir d’où on vient. »
Partager vos recherches avec les scolaires est-il un moyen efficace pour leur donner envie de s'intéresser aux sciences et pourquoi pas s'orienter vers les sciences ?
« En théorie, oui. En pratique, mes expériences personnelles sont plutôt frustrantes : la demande d’une intervention dans un lycée pour faire un cours ne vient pas des scolaires, mais de leurs enseignants. Du coup, la curiosité est limitée. Ce qui a marché mieux, dans notre programme, ce sont des médiations ad hoc pour le public scolaire (serious game) dans le cadre des sorties (type Fête des Sciences) : mais je n’ai ni la formation, ni le temps, ni trop le goût pour m’en occuper. »
Que diriez-vous à un collègue pour le convaincre de se lancer dans la médiation scientifique
« J’aime beaucoup ce que disait Einstein : si vous ne pouvez pas expliquer un concept à un enfant de 6 ans, c’est que vous ne le comprenez pas. Faire de la médiation, c’est rendre compréhensible des choses complexes sans simplifier à l’excès. C’est un véritable défi intellectuel, qui oblige nous-même à interroger à nouveaux frais le savoir que nous produisons. »
Pensez-vous que les décideurs politiques pourraient davantage échanger avec les chercheuses et les chercheurs pour prendre certaines décisions ?
« Oh que oui… ! Scientifiquement, je revendique le besoin d’explorer les branches du savoir sans que cela ne soit impérativement lié à des enjeux sociétaux prioritaires dictés par le contexte immédiat…
L'objet de Silvia Marzagalli
Pour sortir des sentiers battus, nous avons demandé à ce chercheur de choisir un objet emblématique de ses études.
Le résultat ? Un petit bateau en argent
« Un petit bateau en argent (ca. 4-5 cm) qui m’a été offert par ma prof de lycée lors du bac, avant même que je ne commence à faire de l’histoire, et de l’histoire maritime…
Il était accompagné par un renvoi à un passage de la Divina Commedia de Dante, dont elle était une grande exégète. J’ai mis ce passage dans la préface de mon dernier ouvrage (Atlas de la Navigation) qu’on pourrait également montrer. »
Découvrez le projet PORTIC !
Les coulisses d'une carrière en recherche
Xavier Noblin, chargé de recherche CNRS à l'Institut de Physique de Nice (INPHYNI), travaille sur la physique de la matière molle et sur la biophysique. Il s'intérèsse plus particulièrement à la physique des plantes et aux interfaces liquides et microfluidiques.
En quoi consiste votre recherche ?
« Je travaille sur des sujets touchant à des pathogènes humains (champignons), des pathogènes de plantes (mildiou), l’effet de la sécheresse sur les plantes et leur survie, le développement de nouvelles méthodes pour optimiser la récupération l’eau de condensation, la nages des spermatozoïdes pour résoudre des problématiques de fertilité, l’étude de nouvelle technologies liés à la biologie, l’étude de la régulation du pH des cellules, très importantes pour lutter contre le cancer… »
Ses inspirations
« La vie quotidienne, la nature, l’étude de problèmes environnementaux, médicaux… »
Qu'est-ce qui vous a initialement attiré vers votre domaine de recherche ?
« Ce qui m'a initialement attiré vers mon domaine de recherche, c'est la proximité avec la vie quotidienne. J'ai toujours été fasciné par les aspects de la recherche qui ont un impact direct et tangible sur notre quotidien. De plus, c'était un domaine où je ressentais le plus d'intuition à apporter des contributions »
Y a-t-il eu un moment particulier dans votre vie où vous avez su que vous vouliez devenir chercheur ?
« Oui dès collège, en découvrant les matières scientifiques comme la physique et la chimie, sans vraiment savoir ce en quoi cela consistait, mais avec l’objectif d’expliquer de comprendre des phénomènes physiques. »
Récits de Chercheurs
Que vous apporte de parler de vos recherches au grand public ?
« Une forte satisfaction. Des questions toujours intéressantes qui permettent de s’en poser d’autres sur ce qu’on cherche ou pourquoi. Permet de parler différemment de son sujet de recherche, de prendre du recul, de donner un sens à ce que l’on fait. C’est aussi quelque chose que j’attend pour d’autres domaines ou je suis non spécialiste. »
Partager vos recherches avec les scolaires est-il un moyen efficace pour leur donner envie de s'intéresser aux sciences et pourquoi pas s'orienter vers les sciences ?
« Oui ! »
Que diriez-vous à un collègue pour le convaincre de se lancer dans la médiation scientifique
« Je l’encouragerais à sauter le pas, car c'est un exercice très intéressant et valorisant !
Pensez-vous que les décideurs politiques pourraient davantage échanger avec les chercheuses et les chercheurs pour prendre certaines décisions ?
« L'expertise scientifique peut aider les décideurs publics dans leurs prises de décisions en leur permettant de percevoir les problématiques futures et les défis à venir.
En anticipant ces enjeux, nous pouvons éviter que nos politiques ne soient dépassées ou inefficaces dans tel ou tel domaine. Cela aide à formuler des stratégies informées et proactives pour mieux répondre aux besoins de la société. »
L'objet de Xavier Noblin
Pour sortir des sentiers battus, nous avons demandé à ce chercheur de choisir un objet emblématique de ses études.
Le résultat ?
Un réseau hydraulique en élastomère
« J'ai choisi de photographier des réseaux hydrauliques en élastomère, mimant de véritables feuilles, pour illustrer notre recherche sur la physique des réseaux conduisant la sève. Cela aide à comprendre les effets du changement climatique sur ces réseaux vitaux. »
Découvrez le projet PHYSAP !